Inspiration, je t’aime, je te hais

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Depuis toujours, enfin depuis que nous nous exprimons, il nous a toujours été inculqué le principe d’inspiration. L’inspiration, on en a tous fait l’expérience. C’est le moment magique où une idée jaillit dans notre esprit, un petit sourire hésitant, un pincement au cœur, les mains qui nous démangent de coucher sur le papier ce que l’on a à dire. L’inspiration est devenu un mythe, un saint Graal, un topos de la littérature.

D’expérience, j’ai pu en tester plusieurs genres. Oui, car il y a des types d’inspiration, dont je vais gentiment vous donner la liste :

  • l’inspiration classique : la littérature d’aujourd’hui n’est que décadence. Votre projet est de la revaloriser, faire voir au monde ce dont une vraie plume est capable, grâce à cette parfaite maîtrise de la langue et à des sujets choisis avec soin.
  • l’inspiration du buzz : qui s’adresse plutôt aux textes journalistiques, aux essais. Vous pensez à un sujet d’actualité, de société : vous avez des tas de choses à dire, un point de vue qui tabasse, des révélations brûlantes, des conclusions époustouflantes. Grâce à vous, la face du monde va changer ! Vous apporterez un nouvel éclairage, une vérité dépoussiérée, vous ferez le buzz !
  • l’inspiration épopesque : pour ne pas dire épique. Ici, c’est le début d’une œuvre. Et, oh mon Dieu ! Quelle œuvre ! Quelque chose de grandiose, d’immense. À l’image de Proust, vous vous lancez corps et âme dans ce projet pharaonique, qui demande votre sueur, votre sang, le sacrifice d’une vie au bénéfice du reste de l’Humanité. Vous léguez votre génie, vous souhaitez la postérité, la gloire, la reconnaissance de votre travail acharné. Cette œuvre va révolutionner le monde de la littérature, vous n’en doutez pas.
  • l’inspiration poétique : vous vous sentez l’âme mélancolique, lyrique, vous souhaitez chanter les sentiments qui vous bouleversent, les péripéties de votre âme. Sous votre plume, les mots s’enchaînent avec grâce et rythme, que c’est bôôô….
  • l’inspiration pfouiit : celle-ci, nous en avons tous fait l’expérience. Vous venez de finir de lire un livre extraordinaire, de regardez un reportage sur le dernier succès en librairie, d’écouter une interview d’un auteur connu. Et là, c’est la drame ! Enfin, non, vous ne le savez pas encore. Doucement, vous vous levez, le regard lointain, vous vous adressez à votre mère/chien/conjoint(e) : « J’arrête tout, je veux être écrivain. » Sans écouter les exclamations étonnées, vous vous dirigez vers votre machine à écrire/cahier/ordinateur car « le changement, c’est matin »*… Vous profitez de ce petit moment de bonheur, où toute votre vie va bousculer. Vous étirez vos doigts, vous installez confortablement, prenez une grande inspiration et… rien. L’inspiration était là et pfouiit !

Je pense personnellement que l’inspiration n’est vraiment pas la solution sine qua non à l’écriture de plaisir. Écrire (et non bien écrire, ça, c’est autre chose) est avant tout une question d’imagination mais aussi de maîtrise de la grammaire, de la syntaxe, du vocabulaire sans qui il serait impossible d’exprimer ses idées. L’inspiration ne doit pas être élever au rang de légende au risque de bloquer la plume de certain : elle devient alors un outils de pression pouvant bloquer toute création. Le syndrome de la page blanche ne doit pas devenir rédhibitoire à une tentative d’écriture. Oui, l’angoisse de la page blanche est sûrement du à un manque d’inspiration mais ce n’est pas grave ! L’inspiration n’est que la clé pour démarrer le moteur, le coup de pouce pour cracher les premiers mots, le reste, c’est vous, uniquement vous et votre créativité. Un manque d’inspiration ne signifie pas notre nullité en matière d’écriture, juste un temps de pause dans notre imagination que l’on ne peut pas toujours forcée. Toutefois, il ne faut pas confondre inspiration et talent : le premier, tout le monde en fait l’expérience, le second n’est réservé qu’à quelques privilégiés ! Mais ça, nous le verrons plus tard…

* Je nie toute tentative de message subliminal.

Faites un petit tour plus bas pour voir le commentaire de Momo, très intéressant !

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Une réflexion au sujet de « Inspiration, je t’aime, je te hais »

  1. Tu as oublié de parler de « l’inspiration indépendante » : celle qui, je le garantis, vit toute seule dans un coin de votre cerveau en puisant dans vos ressources, et qui peut vous réveiller à toute heure ! Même la plus indécente… là, encore, je m’en porte garante XD
    Et heureusement que le syndrome de la page blanche n’est pas rédhibitoire ! J’aurais plus qu’à oublier mes rêves d’écrire si ce syndrome envoyait tout valser XD C’est sûr, c’est très dérangeant. Mais n’oublions peut-être pas de préciser que si on l’a, c’est peut-être à cause de la fatigue, du stress, de la préoccupation pour autre chose ou encore même de la trop grande préoccupation pour ce qu’on produit.
    Perso, je pense qu’il faut juste laisse couler…

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